La dernière Michna du traité Taanit1 traite de Tou BeAv, le jour où les jeunes filles de Jérusalem en âge de se marier s’habillaient en blanc et dansaient dans les vignobles. Elles lançaient cet appel : « Jeune homme, lève les yeux et regarde : que choisiras-tu pour toi-même ? Ne regarde pas la beauté, regarde la famille. “La grâce est mensongère et la beauté est vaine ; une femme qui craint D.ieu mérite d’être louée.” »2
Le Rabbi demande : était-il possible que toutes les jeunes filles de Jérusalem fussent issues d’une famille si distinguée qu’elles puissent dire : « Regarde ma famille » ?
La question se renforce encore. Le Talmud3 rapporte une baraïta qui précise ce que disaient exactement les jeunes filles. « Les belles disaient : “Regarde la beauté.” Celles qui avaient une noble ascendance disaient : “Regarde la famille.” Celles qui étaient sans grâce disaient : “Fais ton choix pour l’amour du Ciel.” »
La baraïta semble contredire la Michna, selon laquelle toutes exhortaient les jeunes hommes à « regarder la famille ». La baraïta, elle, nous dit qu’elles mettaient en avant les qualités particulières qu’elles possédaient. De plus, il paraît très vaniteux et superficiel de la part des belles de dire : « Regarde la beauté. » Est-ce là une valeur juive ? Et comment cela s’accorde-t-il avec le message édifiant de la Michna, selon lequel « la grâce est mensongère et la beauté est vaine » ?
Il existe deux manières de considérer les qualités d’une personne : on peut en avoir une vue d’ensemble ou bien en examiner les détails.
Dans la vue d’ensemble, on voit une jeune fille juive, une fille de nos matriarches – Sarah, Rivka, Rachel et Léa – qui a hérité de leurs belles qualités. Même si ces qualités sont pour l’instant cachées, on sait qu’elles sont présentes et qu’elles finiront assurément par se révéler. La Michna parle de cette vue d’ensemble. C’est pourquoi elle dit : « Lève les yeux et regarde », car elle adopte une perspective générale, une vue d’en haut. Et lorsqu’elle dit : « La grâce est mensongère et la beauté est vaine », elle fait référence à une beauté et à un charme superficiels.
La baraïta parle d’une vision détaillée, après que l’on a déjà perçu la vue d’ensemble. Les jeunes filles de Jérusalem parlent de vertus juives profondes. Pourquoi est-elle belle ? Parce qu’elle a reçu les belles qualités léguées par Sarah, Rivka, Rachel et Léa, les a intériorisées et intégrées à son essence. Elle est donc véritablement belle à l’intérieur et, lorsqu’elle est belle à l’intérieur, cela se manifeste à l’extérieur. Voilà une beauté juive qui mérite d’être mentionnée, qui n’est ni mensongère ni vaine.
Autrement dit, si l’on accepte les dons reçus en héritage et qu’on les fait siens, alors les détails acquièrent de la valeur. Mais si l’on ne possède que les détails sans faire sien l’héritage, il s’agit d’une beauté vide. Elle est superficielle et vaine.4
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