Meron
Le tombeau de Rabbi Chimone bar Yo’haï
Aperçu de Meron
À quelques kilomètres de la mer de Galilée, juste au nord de l’ancienne ville de Safed, se dresse le mont Meron. De grands Sages y sont enterrés, mais Meron est surtout connu pour être le lieu de sépulture de Rabbi Chimone bar Yo’haï. Rabbi Chimone, qui vécut au 2e siècle de l’ère commune, fut le premier à enseigner publiquement la dimension mystique de la Torah que l’on appelle la Kabbale. Il est également l’auteur de l’ouvrage fondamental de la Kabbale, le Zohar.
Chaque année, à Lag Baomer, jour anniversaire de son décès, des centaines de milliers de personnes convergent vers Meron pour célébrer dans la joie la vie de Rabbi Chimone et la révélation de l’âme ésotérique de la Torah. De plus, tout au long de l’année, des familles y amènent leurs petits garçons de trois ans pour y célébrer leur première coupe de cheveux.
La signification spirituelle de Meron
À Meron, on célèbre la dimension ésotérique de la Torah. Jusqu’à la rédaction du Zohar, les secrets les plus profonds de la Torah n’étaient transmis que sous forme d’indices et d’allusions. Rabbi Chimone fut le premier à enseigner ouvertement ces secrets à ses élèves. Le jour même de son décès, il révéla certains des secrets les plus élevés et fit entrer dans le monde un nouveau degré de lumière divine. C’est pourquoi, ce jour-là, les cours autour du tombeau se remplissent de chants et de danses. Les feux de joie représentent la lumière de la Torah que Rabbi Chimone apporta au monde.
Le jour anniversaire du décès d’un tsadik (un juste) est un moment particulièrement propice pour prier D.ieu par le mérite de ce tsadik. Le tsadik n’est plus sous une forme humaine ; il est donc encore plus accessible, en particulier sur le lieu de sa sépulture.
Il existe une tradition selon laquelle quiconque prie sur la sépulture de Rabbi Chimone, en particulier à Lag Baomer, verra sa prière exaucée. De nombreux récits miraculeux sont rapportés au sujet de personnes qui prièrent sur le lieu de sépulture de Rabbi Chimone. Des enfants furent guéris miraculeusement ; des femmes stériles eurent des enfants.
Les premières coupes de cheveux
Une autre tradition juive ancienne associée à Meron consiste à couper les cheveux d’un petit garçon pour la première fois lorsqu’il atteint l’âge de trois ans, cérémonie connue sous le nom d’Opsherin. (Cette première coupe permet alors d’accomplir le commandement de laisser intactes les mèches de cheveux devant ses oreilles, et symbolise le passage du bébé au petit garçon.) De nombreuses familles se rendent à Meron pour y procéder à cette cérémonie. Celles dont les enfants atteignent l’âge de trois ans dans les semaines précédant Lag Baomer attendent ce jour particulier pour célébrer cette étape à Meron. Il est rapporté que Rabbi Its’hak Louria, qui révolutionna l’enseignement de la Kabbale et fit entrer les enseignements du Zohar dans le courant général de l’étude juive, amena son fils à Meron, à Lag Baomer, pour sa première coupe de cheveux.
Lire : La première coupe de cheveux.
Rabbi Chimone et Lag Baomer
Toute présentation de Meron doit commencer par Rabbi Chimone bar Yo’haï. Rabbi Chimone fut un éminent Sage du Talmud qui vécut en Terre d’Israël après la destruction du Second Temple. Sa maîtrise de la loi et de la tradition juives se manifeste par le fait que son nom et ses avis halakhiques se retrouvent tout au long de la Michna et du Talmud.
Selon le Talmud, Rabbi Chimone bar Yo’haï critiqua le pouvoir romain d’occupation et fut contraint de fuir les autorités qui voulaient le mettre à mort. Avec son fils, il se cacha pendant treize ans dans une grotte, non loin de là, à Peki’in. Ils survécurent grâce à un caroubier qui poussa miraculeusement près de la grotte et à une source d’eau fraîche qui jaillit à proximité. C’est à cette époque que Rabbi Chimone écrivit le Zohar.
Rabbi Chimone mourut le jour de Lag Baomer (le 33e jour de l’Omer), le 18 Iyar. Avant sa mort, il désigna le jour de son décès comme « le jour de ma joie » et demanda à ses disciples de l’observer chaque année comme un jour de joie et de fête (voir Atteindre l’immortalité). Depuis lors, cette date est un jour de fête dans le calendrier juif.
Il y a déjà cinq cents ans, on rapporte que plus d’un millier de personnes se rassemblaient à Meron à Lag Baomer. Elles allumaient des feux de joie, jouaient de la musique, dansaient, priaient et étudiaient le Zohar. Aujourd’hui, le nombre de pèlerins a augmenté de façon spectaculaire.
Lag Baomer tombe généralement en mai ou en juin. Dès le mois de décembre, les préparatifs du grand jour commencent. On dresse des tentes, on organise des aires de stationnement pour les centaines d’autobus, et les routes sont fermées à la circulation ordinaire. Les vendeurs préparent de quoi nourrir les foules attendues.
Lire : Qu’est-ce que Lag Baomer ?
Le jour même de Lag Baomer, Meron vibre intensément pendant vingt-quatre heures entières. Des danseurs tournent autour des immenses feux de joie et chantent des chants traditionnels à la louange de Rabbi Chimone, tandis que des foules toujours plus nombreuses se pressent vers le tombeau. Certains étudient le Zohar et prient, et, tout autour du tombeau, certains campent tandis que beaucoup organisent de grands barbecues familiaux.
Le chiffre est impressionnant : entre 250 000 et 300 000 personnes se rendent à Meron à Lag Baomer. On y voit des Séfarades et des Ashkénazes, des ‘Hassidim et des non-‘Hassidim, des Juifs pratiquants et non pratiquants.
Tout au long de l’année, des personnes viennent prier sur le lieu de sépulture de Rabbi Chimone, et des familles viennent célébrer la coupe de cheveux de leurs fils âgés de trois ans.
La tragédie de 2021
À Lag Baomer 5781 (2021), la célébration fut endeuillée par la perte tragique de 45 âmes précieuses. Un entassement insoutenable provoqua l’écrasement de centaines de personnes les unes contre les autres dans un passage étroit et bondé, faisant 45 morts et des centaines de blessés. À l’appel de proches des victimes, des Juifs du monde entier ont transformé cette douleur en élan pour multiplier le bien et renforcer l’unité juive, dans l’esprit de cette fête.
Ce n’est pas la première fois qu’une tragédie a endeuillé les célébrations à Meron : en 1911, un toit s’effondra sur des participants à la fête, et neuf personnes périrent, âgées de 8 à 65 ans. Mais il s’agit de l’une des pires catastrophes civiles de l’histoire récente.
Quelques faits sur Meron
- À seulement dix minutes de route du mont Meron, et à proximité immédiate de la frontière libanaise, se trouve Bar’am, où l’on peut visiter les vestiges d’une magnifique synagogue datant des périodes michnaïque et talmudique (vers le 3e siècle de l’ère commune).
- Lorsque Rabbi Chimone quitta ce monde, de nombreuses communautés insistèrent pour qu’il soit enterré dans leur ville. Selon la légende juive, un cercle de feu entoura le cercueil de Rabbi Chimone. Le cercueil s’éleva alors de lui-même et se porta jusqu’au mont Meron. La question fut ainsi définitivement tranchée.
Remarque : selon la plupart des autorités halakhiques, il est interdit aux kohanim d’entrer dans l’enceinte qui abrite la sépulture.
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